Thierry Ravassod : le collectionneur aux 500 boitiers et 600 objectifs Nikon

Interview

Thierry Ravassod, photographe basé sur Lyon est l’un des plus grands collectionneurs de matériel Nikon à travers le monde. Véritable passionné, il présente quelques-uns de ces modèles préférés parmi les quelques 500 boitiers et 600 objectifs Nikon qu’il possède aujourd’hui ! 

Pouvez-vous revenir sur votre parcours ?

Je suis photographe amateur depuis l’âge de 11 ans. Après deux ans d’études de pharma’, j’ai compris que mon avenir n’était pas dans ce secteur. J’ai donc décidé de me consacrer à la photo. J’ai débuté dans un laboratoire lyonnais pour apprendre les bases du développement et du tirage professionnel. Deux ans après, je suis devenu assistant d’un photographe professionnel, spécialisé en photos de mode et de meubles en décor. Deux ans plus tard, j’ai cherché à me perfectionner mais il me manquait les bases théoriques. J’avais 21 ans et j’ai eu la chance d’avoir des parents qui ont compris que la photo comptait vraiment pour moi. Je suis parti de 1979 à 1981 dans le Vermont aux Etats-Unis pour faire une école de photographie.

A mon retour en France, j’ai acheté mes premières optiques Nikkor professionnelles pour chambres, puis je suis passé sur un boitier 24×36  : un Nikon F2. Un de mes fournisseurs sur Lyon m’a proposé de tester un boitier qu’il avait retrouvé : un Nikon F, celui du film « Blow-Up », modèle noir avec son moteur et alimentation compacte. J’ai joué un peu avec, je l’ai acheté puis je l’ai posé sur une étagère. Un mois plus tard, j’ai acquis un F2 titane. C’est ainsi que j’ai débuté ma collection.

Quel a été le premier Nikon que vous avez eu entre les mains ?

Professionnellement, je travaillais avec un F2A équipé d’un 80-200 mm, d’un 35 mm et d’un 28 mm. J’ai passé deux mois en Chine et j’ai fait des milliers de photos avec un Nikkormat EL. Je suis devenu un utilisateur fanatique.

Je suis devenu collectionneur par passion. J’ai ainsi fait partie du premier club mondial des collectionneurs Nikon : le NHS (Nikon Historical Society) qui s’est réuni pour la première fois en 1989 à Chicago.

J’avais acquis une belle collection à la fin des années 80. Mais je l’ai malheureusement vendue en grande partie en 91 pour me lancer dans la photo numérique. J’ai été l’un des premiers fou en Europe à investir dans un Digital Scan Pack de marque Rollei, un appareil très cher qui mettait 20 minutes pour sortir une photo couleur ! Je sais que je ne retrouverais jamais certains modèles comme le Nikon F Montreal cadencé à 9 images par secondes.

J’ai repris la collection en 2001, lors d’un voyage dans le Vermont à l’occasion d’un mariage. C’est là que l’on m’a montré les balbutiements du site ebay. A mon retour en France, j’étais comme un fou. Il y avait énormément d’offres en matériel Nikon rare et il n’y avait pas un seul européen à l’époque sur le site. En France, il y avait la barrière de la langue anglaise et la culture de l’achat par Internet n’était pas du tout établie.

Aujourd’hui je possède environ 500 boitiers Nikon et plus de 600 objectifs. Je m’intéresse aussi à d’autres raretés Nikon, comme les appareils d’ophtalmologie ou bien encore les microscopes. J’ai ainsi récupéré un microscope Joico de 1926, officiellement le premier produit vendu par Nikon sous la marque Joico (Japan Optical Company Ltd). Seuls deux modèles auraient subsisté : l’un exposé au musée Nikon de Tokyo et le mien !

Qu’est-ce que Nikon représente pour vous ?

Nikon a toujours eu le plus grand respect de ses clients, symbolisé par la fameuse monture F. Mise en place en 1959 avec le Nikon F, elle est toujours d’actualité en 2017. Les objectifs de l’époque sont compatibles avec un D5. C’est quelque chose de fou ! A ma connaissance, c’est la seule marque d’appareils photo ayant fait ce choix. Un choix qui leur a couté d’ailleurs beaucoup d’argent et qui leur a fait perdre la guerre de l’autofocus à ses débuts. Mais à côté, ils sont restés fidèles à cette monture et les utilisateurs l’ont toujours apprécié.

Aussi, Nikon a toujours été à l’écoute de ses clients. Il n’y qu’à voir l’histoire du F4 NPS, un boitier inconnu hors du Japon. Les reporters japonais avaient demandé à Nikon de rajouter 2 vitesses supplémentaires (1/350 et 1/750). Cela a été fait par les ingénieurs !

Enfin, la gamme des optiques est d’une qualité extraordinaire depuis les débuts, même avant le Nikon F, sur les télémétriques ! La pérennité du matériel est reconnue par tous.

Quels sont les modèles de boitiers et d’objectifs de votre collection dont vous êtes le plus fier ? 

Déjà le Nikon F Sapporo 7 images secondes, un appareil mythique qui est sorti en très faible quantité sorti à l’occasion des Jeux Olympiques d’Hiver de Sapporo en 1972. Couplé avec le premier 300 mm f/2.8, tous les pros désiraient cette bête de course !

Il y a aussi mon Nikon SP, l’un des tous premiers télémétriques à être sorti. Il porte le numéro de série 157. Je l’ai monté avec un objectif 1.1 de 5cm. Cet appareil a seulement été arrêté avec l’arrivée du Nikon F.

Collectionneur Thierry Ravassod Nikon SP

Je pense aussi au premier Nikon F à cellule externe, un Photomic avec une cellule que l’on appelle Flag. Il n’y a pas d’interrupteur, une sorte de petit drapeau métallique vient masquer la cellule. J’ai eu la chance d’en obtenir un à l’état neuf qui date de 1962.

Collectionneur Thierry Ravassod Nikon F Flag

Le F5 reste selon moi le meilleur boitier que Nikon ait sorti en argentique. J’ai bien aimé le F6 mais il n’a pas de viseur interchangeable. A ce sujet, on ne s’en rend pas compte mais le F6 est toujours au catalogue de Nikon.

Vous continuez encore à faire des photos en argentique ? 

Je continue à donner des cours de Noir & Blanc en argentique à la maison de la photo. Mais je suis passé personnellement au numérique depuis longtemps, la technologie est supérieure. Si l’on parle de numérique, mes boitiers préférés sont le D3 et le Df. Le D3 parce que c’est le premier plein format numérique proposé par Nikon. Le Df est décrié mais il reste selon moi un boitier extraordinaire.

Niveau objectif, je parlerais du 105 f/2 DC (defocus control), une rareté qui a la particularité de  permettre à l’utilisateur d’augmenter le flou (ou « bokeh ») devant ou derrière le point, via une bague spéciale. Il est assez compliqué d’utilisation. C’est un objectif formidable pour le portrait  sorti en 1993.

J’ai également eu la chance d’acheter à bon prix un Noct Nikkor 58mm f/1.2 – AIS . Il a été créé spécialement pour les prises de vue nocturnes. Il corrige toutes les aberrations, comme celles des réverbères. Cela ne sert à rien de l’utiliser en plein soleil. Couplé à un boitier comme le D3 qui monte à 6400 ISO sans bruit, il donne des résultats extraordinaires.

Autre objectif mythique selon moi : le 105 mm f/2.5 développé à partir des années 50 et produit jusque dans les années 2000. Il était le partenaire indispensable des photographes de mode, de sport ou de reportage. C’est l’une des optiques qui a fait la réputation de Nikon.

Collectionneur Thierry Ravassod Nikon Noct Nikkor

Comment procédez-vous pour compléter votre collection ?

J’ai développé un bon réseau à travers le monde, qui m’informe sur les pièces uniques. J’ai ainsi acquis le microscope Joico grâce à un ami slovaque. J’avais déjà photographié ce produit à Tokyo sans me rendre compte de sa rareté !

J’ai plusieurs amis aux Etats-Unis et au Japon qui m’envoient des liens vers des raretés. J’achète ensuite soit directement sur internet, soit par l’intermédiaire d’amis. Lors de mon prochain voyage au japon, je reviendrais avec une valise pleine !

On trouve aussi certaines raretés en Allemagne, avec la gamme de boitiers signés Nikkor. Il y avait eu un début de procès dans les années 60 avec Zeiss qui leur interdisait de vendre sur le marché allemand, s’attribuant la paternité du nom Nikon. Donc pour le marché allemand, la marque Nikon  apparaissant sur les boitiers a été remplacée par Nikkor pour éviter les conflits.

Collectionneur Thierry Ravassod Nikkor

Qu’est-ce qui vous a amené à créer cette salle Nikon à la maison de la photographie (Saint Bonnet de Mure) et pouvez-vous nous la présenter ? 

Nous avons créé la maison de la photographie conjointement avec mon ami François, un passionné de photographie d’époque jusqu’à la seconde guerre mondiale. Il était tout à fait d’accord de créer un département Nikon. Pour la petite histoire, nous l’avons ouvert le 15 septembre 2015, soit un mois avant l’ouverture du musée Nikon officiel à Tokyo ! Je m’y rends d’ailleurs pour l’exposition spéciale dédiée aux 40 prototypes Nikon jamais encore montrés au grand public.

A l’occasion du centième anniversaire, auriez-vous un rêve de boitier/objectif à soumettre ?

Nikon gagnerait beaucoup à sortir un mirrorless de qualité, un boitier sans miroir, à visée électronique, mais sans changer la monture F. La compatibilité des objectifs, c’est indispensable ! C’est pour cela que le Df est aujourd’hui mon appareil préféré. On peut encore utiliser n’importe quelle optique dessus.

Et si vous souhaitez échanger avec Thierry Ravassod, découvrez son profil Nikon Club.

Thierry Ravassod

Photographe professionnel passionné par Nikon, Thierry Ravassod est devenu l'un des collectionneurs de la marque les plus connus à travers le monde. Membre du NHS, il a ouvert une salle dédiée à Nikon à la maison de la photographie de Saint Bonnet de Mure.

son matériel

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  1. Jean Pierre Legrand dit :

    « très belle collection » , je suis fidèle chez Nikon depuis les années 1978 , j’ai toujours le F2AS , 28 ais 2,8 55 Macro f3,5 & 2,8 , 105 f2,5 , le 2,8 Macro , 180f2,8 ED

  2. RICHARD Catherine dit :

    Foire exposition photo Argenton sur Creuse des 22 et 23 sept
    Bonjour,
    Je suis membre du club Argenton 36 photo-vidéo et nous organisons une première foire exposition.
    Ci-dessous le lien afin de connaître toutes les modalités.
    http://www.photovideo-argenton36.com/
    Espérant vous intéresser à notre projet,
    Sincères salutations
    Catherine RICHARD